Théo et le chat

Théo et le chat - Sébastien Dun

En courant, comme chaque matin, j’ai rencontré Théo, le chien de mes voisins. Il s’était échappé de chez lui, comme souvent, et je l’ai ramené à ses propriétaires. Ils furent enchantés de retrouver l’animal fugueur, et ils m’invitèrent à venir boire un café chez eux. Ces deux personnes sont très âgées. J’ai appris qu’elles avaient toutes les deux quatre-vingt-dix ans, et ne peuvent plus courir après Théo, qui profite du manque de dynamisme de ses maîtres pour s’enfuir à la moindre occasion. Le vieux couple était un peu fatigué de devoir s’occuper du jeune chien, mais ils ne voulaient pas s’en débarrasser. J’ai réfléchi. J’avais envisagé d’adopter un chat, mais sûrement pas un chien. Cependant, l’animal me connaissait bien, il n’aurait pas à s’adapter à sa nouvelle vie. J’ai accepté de m’en occuper.

De cette façon, Jules et Mariette, ses anciens propriétaires, pourraient le voir quand ils le souhaitaient. Par contre, ils n’auraient plus les inconvénients de la présence du jeune fugueur, ou plutôt de ses absences répétées. Cet arrangement était parfait. J’ai donné à mes amis des coordonnées pour qu’ils trouvent un rideau balcon exterieur longueuil. Contrairement à ce que je craignais, Théo ne fut pas du tout tenté de partir de ma propriété. Il est vrai que mon terrain s’étend loin et qu’il a beaucoup plus de place dans celui-ci que dans l’ancien. Ce fut ma sœur, Annie, qui a été surprise quand elle est passée me voir. Elle est arrivée à l’improviste et je ne lui avais pas parlé de ce nouveau venu dans ma maison. L’animal a aboyé dès qu’elle a sonné à la porte. Annie a pensé qu’il était dans la cour une fois de plus, parce qu’il était parti de chez mes voisins.

Je lui ai tout expliqué. Mon choix a paru la surprendre. Elle pensait que je voulais un chat et elle m’amenait un petit félin. Elle le sortit de son panier. Aussitôt que la petite tête blanche, aux grands yeux verts, apparut, une grosse truffe vint la sentir. Un coup de langue, magistral, recouvrit le chaton de bave, mais il ne parut pas s’en formaliser. Au contraire, il se mit à ronronner, et il alla se coller aux pattes de son nouvel ami. La tendre scène me toucha instantanément et j’ai gardé les deux animaux, finalement. Ils s’entendent très bien, ils sont même devenus inséparables, maintenant. On ne les voit jamais l’un sans l’autre, et ils dorment même ensemble.